14 avril 2009

Griffes

  Ta démarche comme les coups de griffes d'un chat Ta voix océan Pétillante comme une bande d'oiseau de mer Tranchante comme l'orage sec qui déchire l'horizon Et tes mains d'esquifs ne ployant pas sous l'écume Toi qui fut toujours l'amer fabuleux et hautain de mes passages Fine lanière d'existence claquant au gré des jours Du même sang de la même pluie Fière comme un mât à la pleine lune Insoumise comme le blé Et toujours à perte de vue. Pierre Charp, août 2008
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19 mars 2009

Présentation

La réorganisation de mes blogs autour d'Envers fait désormais de ce blog, conçu au départ, comme de simples archives l'une des "monographies" liées à Envers   Il s'ouvrira dès que possible aux poèmes parus sur Envers ou ailleurs.   Remarque: pour un meilleur équilibre, j'ai modifié certaines dates de parution et commencé à inverser l'ordre des parutions par épisodes (pour les nouvelles) afin de faciliter une lecture suivie.   Charp
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13 mars 2009

Dégage!

Tel en cette glace bleutée se noue le fors intérieur Regards sur le désert qu'usent Mille tableaux de chair et de vent Il oserait nier le monde Et ce mépris hautain l'accommoderait S'il n'en devinait le chiffre Ces buissons et ces corps que son regard éventre Il les reconnaît Ses entrailles, sa voix, ses sens qui s'amusent et se moquent S'en allant pourrir suavement sous l'angle des rues Feuillage trouble pour topologie Bancs brisés pour élans Passants non plus figures Mais décor renversé caillots de rêve L'univers... [Lire la suite]
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12 mars 2009

Passante

Passante de l'ombre et de la nuit, brume obscure, ta présence corrosive hantera mes pas à reculons. Sans vérin ni calice, de la tourbe où je te vois, tu me soumettras à l'appel violent de tes sillages glacés. Je te découvrirai, repue, parmi les racines domptées des basses eaux, là où l'empreinte de ton corps, froissée, simulera un envol d'uranies. Chaque porte de ta voix, vêtue d'un insolent linceul, s'ouvrira en hurlant tes méfaits incarnats. Une branche ou un palais se brisera au tocsin de ta nuque. De cette... [Lire la suite]
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10 mars 2009

Rivière

 Après ton départ, je suis allé à la rivière. La bague m’a glissé des doigts. Je l’ai cherchée parmi les galets, la rivière oppressant mes cuisses. Mes mains se sont blessées à l’arête des pierres. Un filet de sang, puis d’autres, se sont lentement élevés vers la surface, y traçant d’éphémères sillages. Bientôt, il m’a semblé que le flux s’inversait. J’ai senti l’eau glacée me pénétrer les veines, les remonter lentement. Mon sang, ma peau avaient acquis dureté et transparence, mon corps se fragmentait. Je n’étais plus... [Lire la suite]
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06 mars 2009

Tracé

Au seuil de la porte obscure, je te verrai peut-être, ton visage blanchi par l'attente, Toi, sceau de mon exil.   Avant de coudre l'oubli aux berges de tes yeux, celui qui entre au désert s'abandonne aux brûlures, mais retient encore quelque légère houle sous la paume et prend peur: qu'un vent d'Ouest, vieille compagne alanguie, verse sur ses joues l'ancien drapé, et l'aube smaragdine, insensiblement, renouera le fil de l'infini balancement.   A celui qui entre au désert, la lointaine chevelure des... [Lire la suite]
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20 février 2009

L'amer (1)

Je rapportais à Odile les bas ocre qu’elle avait intentionnellement oubliés sous la table de la cuisine lorsque je rencontrai pour la première fois l’ivrogne de la Rue aux Vieilles. Il sortait d’un immeuble, suivi d'un couple à peine moins ivre, mais qui s’offrit à le raccompagner. Il refusa. Du moins est-ce ainsi que le couple sembla interpréter un sourd maugréement ponctué de toux qui anima un peu sa lourde silhouette. Il s'en alla vers la digue.       Sans doute, l’ivrogne a-t-il rencontré là ses... [Lire la suite]
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19 février 2009

L'amer (2)

Cette décision contraire à ma nature m’obligea à refaire en sens inverse sur la digue le chemin qu'il avait parcouru sur la plage, pour atteindre celle-ci par l’escalier qui se trouve à la hauteur de la rue aux Vieilles.     Tiens, au fond, c'est peut-être en descendant cet escalier que j'ai vu la tache de sang. Ce qui expliquerait que, ayant en tête l'image de mon bonhomme s'affaissant sur le sol, je me sois imaginé l'agression et la chute. Je ne me rappelle plus. D'ailleurs à cet endroit et à cette heure,... [Lire la suite]
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30 janvier 2009

Les deniers de l'Apocalypse

Porté sur ce récif par le souvenir confus d'une soirée d'automne, M.Pornier livrait aux écumes le secret hoqueté de son existence. Nul hors le vent aux babines moroses n'écoutait sa langueur. Dans l'auberge décharnée par le soir, reposant sur la rive, délaissée par l'orage, une famille lugubre, si saine et réfugiée dans le ventre grotesque de cette impavide bâtisse, s'essayait à grouper en aphorismes accidentels les mots rebelles de son discours exsangue. Le refus de l'exil, aussi proche fut-il, habitait les méandres de... [Lire la suite]
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26 janvier 2009

Philtre

Terrée sous ses remparts, étrangère à son venin, tu lui confectionneras une pèlerine d'eau salée et de miroirs. Il ne saura la revêtir. Tu te lisseras les ailes sur sa peau noueuse. Tu lui diras: "Je t'aime". Il sera instruit de ses propres terreurs. Tu lui ôteras l'âme avant qu'elle ne se brise. Tu la déplieras en ses quatre cœurs, que tu enroberas de pollen. Tu les déposeras au pied de quatre chênes. Alors, dans l'indécente nuit, il se réveillera. De ses yeux dessillés, une pluie de couleuvres descendra vers tes mains,... [Lire la suite]
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