Chapitre intercalaire 2

Comment aborder la conception de l'histoire d'Antoine? Par bribes. En voici une, qui nous mène à deux nouveaux « personnages », ou plutôt à deux « figures ».

Antoine, dans sa tentative de description de l'histoire, s'efforce d'échapper à l'illusion de l'individu agissant, profitant de son propre éloignement du monde pour se détacher des formes singulières et observer le flux historique comme un jeu de forces, matières, énergies. Ce regard de loin n'est d'ailleurs pas sans évoquer la « reine de loin », Sarah d'Estang, à laquelle il tenta de consacrer un essai.

Le rejet de toute figuration historique va de pair, en un balancement conceptuel fondamental, avec l'attention portée aux destins individuels anonymes, effacés des livres mais accessibles à l'imagination sensible. La difficulté de l'exercice tient à voir de loin le plus infime.

Il y a cette annotation, si singulière: « Parle-t-on de la volonté du fleuve de se jeter dans la mer? Oserait-on prétendre que certaines gouttes singulières déterminent le lit du fleuve? Dire cela, est-ce enfermer l'individu dans le déterminisme? Non. Les gouttes ne vont pas toutes à l'océan. Nombre d'entre elles s'évaporent, et partent au loin, d'autres se perdent dans les rives »

De toutes ces gouttes, il reste, chez Antoine, Nahuel, Simia et leurs amis.