Il m'est revenu, ce temps du Nord, cette brume épaisse comme un tableau de Degas

Il m'est revenu ce limon ardent, ce préambule d'orgie

Mais qu'en faire, que nouer avec ce fil aussi obscur qu'insaisissable

Rien. Ou: pas à pas, reprendre mot, reprendre maux, reprendre pas, reprendre valse et s'en vêtir, que dis-je amant, s'en dévêtir

Alors se succèdent miasmes, moraines, mots, reins, mots-reines couronnées d'orgeat, mots-utiles à ne plus désaisir le vent, mots plantureux et funestes, mots squelettes et nécrophantes, mots de ruines et de semences

Ce manse que vous vîtes, trop vite dévêtues, ce mont que vous fîtes, trop vite varicelle, trop vite varie celle qui partit, sans un mot, sans visage, rien que des traces à même l'occiput

Il suffit, pour l'heure

Je reprends souffle.

Me voici, mon bel amant de verbe

 

 

Pierre Charp

Fragments poétiques, I Reprises