Chapitre intercalaire I

Laissant à Antoine le temps de s'installer à Ouistreham, je me permets de mentionner les sources utilisées pour mon récit. Il est d'usage de les reporter en fin d'ouvrage, mais c'est ici qu'elles prennent tout leur sens. Libre à l'amateur de pur narratif de passer outre à ces intercalaires, et de reprendre le fil du récit au chapitre II.

Sources du récit:

- Carnet de voyage, épais de plusieurs centaines de pages, composé de notes, réflexions, comptabilité, textes, poèmes, croquis, etc. Prévu pour une durée de deux mois, il s'achève à la date du 22 septembre, soit 25 jours après le départ. Retrouvé à l'hôtel "Le Regina", à Pau, par Claire Lemaresquier, la fille d'Antoine.

- Notes et réflexions sur l'histoire, esquisse d'un ouvrage inachevé d'Antoine, dont il sera surtout question dans les intercalaires.

- Esquisses d'un cycle de romans d'aventures, avec les personnages cités plus haut: Marelles, Vivelles, Dravid, Mauresnes et bien d'autres, que l'on retrouve éparpillés dans le carnet de voyages, au gré de leurs apparitions. De qualité assez médiocre,  ces tentatives de faire passer à de possibles lecteurs les émotions ressenties dans son isolement ne cessèrent de décevoir Antoine, comme il me l'avoua à plusieurs reprises.

Je n'ai guère de doute sur le caractère fictif des plus anciens personnages: aucune personnalité historique ne correspond à Marelles ou son ami le futur roi Charles. Mauresnes est au mieux un pseudonyme. Vivelles, dans la première partie de sa vie, en France sous la Révolution, a trop du héros dumassien pour n'être pas un hommage littéraire. Par contre, sa vie aux Amériques rappelle fortement certains passages du "Récit d'un libre Poitevin dans les Terres Indiennes de Nouvelle Espagne"(1832), d'Olivier de Blagny. A. Lajoncquerie, dans son étude trop mal connue sur les "Sociétés secrètes françaises dans le Nouveau Monde"(1877), émet l'hypothèse que Blagny fut l'un des membres éminents de l'Ordre d'Estang, comme Vivelles chez Antoine. Enfin, Rahul Darvid, héros du dernier ouvrage du cycle, pourrait bien être un condensé de plusieurs personnes originaires du sous-continent indien, rencontrées entre autres lors d'un voyage en Angleterre en 1984, et en particulier un Afghan, un Afridi comme il en est quelques-uns à Craster, Ajab Kamar, décédé au Pakistan en 2005. Cette hypothèse me parait d'autant plus vraisemblable que ce qu'Antoine raconte de la vallée d'origine de Rahul, dans l'Arunashal Pradesh, tant les paysages, que les enjeux géopolitiques et certains traits culturels sont plus compatibles avec les Afridi pashtuns ou une tribu proche, qu'avec les Mishmis. Les nom et prénom hindous du héros ne correspond par ailleurs à aucune de ces régions, mais il peut s'agir d'une volonté de préserver l'anonymat d'un personnage relativement connu. Je n'ai pas hésité moi-même, au cours de ces pages, à utiliser des pseudonymes lorsque cela m'a paru nécessaire, ou à modifier légèrement certaines circonstances, soit pour des raisons de fluidité narrative, soit après avoir vérifié certains éléments sur les lieux même traversés par Antoine.

 

Et puisque j'en suis à mentionner des sources, pourquoi ne pas citer les ouvrages d'histoire les plus appréciés par Antoine, dont les titres expriment bien le caractère très étendu de ses intérêts:

Charles Keith Maisels, The emergence of Civilisation, Routledge, 1993

Marcel Mazoyer & Laurence Roudart, Histoire des agricultures du monde, Seuil, 1997

Alain Testart, Les chasseurs-cueilleurs ou l'origine des inégalités, Société d'ethnographie, Paris, 1982

Marshall Sahlins, Age de Pierre, âge d'abondance, Gallimard, 1992

Dir. Jean-Louis Flandrin & Massimo Montanori, Histoire de l'alimentation, Fayard, 1996

Jean-Claude Malema, Y a-t-il un pilote dans l'avion, traité sur l'ingouvernance du monde, Le Bayrier, 2005

Robert S. Duplessis, Transitions to Capitalism in Early Modern Europe, Cambridge University Press, 1997

Tim Megarry, The origins of Human Culture, Macmillan Press LTD, 1995